Vox Populi

By Auguste Lacaussade

Written 1852-01-01 - 1852-01-01

Puisque en tes jours bénis de gloire et de puissance,

Du pauvre jusqu'à toi franchissant la distance,

Tu l'aidas de sa croix à porter le fardeau ;

Et que, sourd aux instincts d'une opulence avare,

Toi, prince, tu couvris les membres de Lazare

Des plis de ton royal manteau !

Puisque aux jours où cueillant les palmes de la guerre,

Étranger aux dédains de la tourbe vulgaire,

Tu compris que l'épée et la lyre sont sœurs,

Et qu'appelés tous deux à fonder ou détruire,

Le barde et le soldat, du peuple et de l'empire

Sont les plus sacrés défenseurs !

Puisque tu l'as compris, ô jeune intelligence !

Puisque, abritant des arts la divine indigence,

Tu protégeas ceux-là que la Muse a sacrés ;

Que, s'ouvrant sur leur sort, noir de pluie et d'orage,

Ta royale faveur, arbre au fécond ombrage,

Monta jusqu'aux fronts inspirés !

C'est à nous, fils du peuple, aux louanges opimes,

A nous, enfants des arts, déshérités sublimes,

A nous à qui tes bras se sont toujours ouverts,

De prier sur la pierre où tu dors sans couronne,

Et de faire à ta tombe, à notre tour, l'aumône

Et de nos pleurs et de nos vers !

C'est à moi, luth en deuil, sur ces lointaines rives,

De répéter ton nom sur mes cordes plaintives,

D'effeuiller à tes pieds mes strophes et mes fleurs,

D'étoiler de mes vers ton linceul funéraire,

D'enrichir, à mon tour, ton urne cinéraire

De l'humble obole de mes pleurs !

Va ! cette obole est pure, elle est sainte, elle est digne !

Pour ton cercueil absous c'est un triomphe insigne

Que ces larmes du fils du peuple au fils du roi !

Et tu vaincras l'oubli, toi qui peux — ô victoire ! —

Nous dire à nous, rêveurs, du haut de ton histoire :

« Fils de la Muse, chantez-moi ! »

Oui, nous te chanterons ! mais la tête levée,

Dans la calme attitude au juge réservée,

La lyre sur le cœur et les yeux sur le ciel,

Comme il sied à ceux-là de qui la bouche austère

N'a jamais aux tyrans, opprobre de la terre,

Offert qu'un chant trempé de fiel !

Oui, je te chanterai ! car ta loyale épée

Dans le sang des partis ne s'est jamais trempée !

Car sur nos fiers drapeaux tu veillas à ton tour !

Car en ces temps de lutte, hélas ! et de colère,

Tu n'as voulu forger au lion populaire

Qu'un joug fait de gloire et d'amour !

Oui, je te chanterai ! car tu fus doux et brave,

Car tes mains sur nos mains n'ont point rivé d'entrave,

Car, du peuple trahi désertant le drapeau,

Tu n'as jamais forcé sa bouche à te maudire !

Car, toi, tu n'as rien fait, rien qu'on ne puisse écrire

Sur le marbre de ton tombeau !

Aussi quand, t'arrêtant dans ta course incomplète,

La mort fit un cyprès du laurier de ta tête,

La foule, — voix qui loue ou qui flétrit toujours, —

Entourant d'un long deuil ta croix précoce et sombre,

Les genoux sur ta cendre, a béni ta jeune ombre,

O toi qui fis bénir tes jours !