XIX
Written 1656-01-01 - 1696-01-01
« Quand je veux faire une chanson
« Au parfait La Fontaine,
« Je ne puis tirer rien de bon
« De ma timide veine.
« Elle est tremblante à ce moment,
« Je n'en suis pas surprise :
« Devant lui un foible talent
« Ne peut être de mise.
Paule, vous faites joliment
Lettres et chansonnettes :
Quelques grains d'amour seulement,
Elles seroient parfaites.
Quand ses soins au cœur sont connus,
Une muse sait plaire.
Jeune Paule, trois ans de plus
Font beaucoup à l'affaire.
Vous parlez quelquefois d'amour,
Paule, sans le connaître ;
Mais j'espère vous voir un jour
Ce petit dieu pour maître.
Le doux langage des soupirs
Est pour vous lettre close.
Paule, trois retours de zéphyrs
Font beaucoup à la chose.
Si cet enfant dans vos chansons
A des grâces naïves,
Que sera-ce quand ses leçons
Seront un peu plus vives ?
Pour aider l'esprit en ces vers
Le cœur est nécessaire.
Trois printemps sur autant d'hivers
Font beaucoup à l'affaire.
Un sot plein de savoir est plus sot qu'un autre homme,
Je le fuirois jusques à Rome ;
Et j'aimerais mille fois mieux
Un glaive aux mains d'un furieux,
Que l'étude en certains génies.
Ronsard est dur, sans goût, sans choix,
Arrangeant mal ses mots, gâtant par son françois
Des Grecs et des Latins les graces infinies.
Nos aïeux, bonnes gens, lui laissoient tout passer,
Et d'éruditions ne se pouvoient lasser.
C'est un vice aujourd'hui : l'on oserait à peine
En user seulement une fois la semaine.
Quand il plaît au hasard de vous en envoyer,
Il faut les bien choisir, puis les bien employer,
Très sûrs qu'avec ce soin l'on n'est pas sûr de plaire.
Cet auteur a, dit-on, besoin d'un commentaire :
On voit bien qu'il a lu ; mais ce n'est pas l'affaire :
Qu'il cache son savoir, et montre son esprit.
Racan ne savoit rien ; comment a-t-il écrit ?
Et mille autres raisons, non sans quelque apparence.
Malherbe de ces traits usoit plus fréquemment :
Sous lui la cour n'osoit encore ouvertement
Sacrifier à l'ignorance.