XXXI
Written 1656-01-01 - 1696-01-01
On dormoit ici quand le roi,
Ayant ses raisons, et très-sages,
Parmi les gens d'un haut emploi
A fait un vrai remu-ménage,
Et mis Harlay premièrement
A la tête du parlement.
Il en est digne, et j'ose dire
Que Thémis en tout son empire
Trouveroit à peine aujourd'hui
Un oracle approchant de lui.
Ne plaidez qu'ayant bonne cause ;
C'est maintenant la seule chose
Qui peut faire au gain du procès.
Vous contestez avec succès
Pardevant le dieu des alarmes,
Appuyé du seul droit des armes :
Harlay règle d'autres débats,
Où, je crois, vous n'excellez pas.
Ni la grandeur ni la vaillance
Ne font incliner sa balance.
Son éloge entier iroit loin :
J'aime mieux garder avec soin
La loi que l'on se doit prescrire
D'être court, et ne pas tout dire.
Pour éviter donc la longueur
Qui met les choses en langueur,
Pontchartrain règle les finances.
Si jamais j'ai des ordonnances,
Ce qui n'est pas près d'arriver, »
Il saura du moins me sauver
Le chagrin d'une longue attente,
Et lira d'abord ma patente.
Homme n'est plus expéditif,
Mieux instruit, ni plus inventif,
Talents aujourd'hui nécessaires.
La Briffe est chargé des affaires
Du public et du souverain.
Au gré de tous il sut enfin
Débrouiller ce chaos de dettes
Qu'un maudit compteur avoit faites.
Ce n'est pas là le seul essai
Qui le rend successeur d'Harlay.
Ce poste, avec celui qu'il quitte,
Demandoit un ample mérite
Au sujet qu'on a placé là.
Hardi quiconque le suivra !
Non que Louis, par sa sagesse,
Ne puisse en conserver l'espèce ;
Tout le bien que j'ai dit d'autrui
Retombe à juste droit sur lui.
Il doit ce nouvel ornement
A son mérite seulement.
Ses soins, dignes que la fortune
Avec eux veuille concourir,
Sauront bientôt partout offrir
L'abondance en ces lieux commune ;
Sur les deux mers nos matelots,
Quelque inconstants que soient les flots,
Sauront ménager pour nos voiles
L'aide des vents et des étoiles.
Ne doutez point qu'en son emploi
Redoublant ses soins et son zèle,
Sous la conduite de son roi
Le nouveau ministre n'excelle.
N'avons-nous pas vu de nos bords
Une double flotte réduite
Et se renfermer dans ses ports,
Mettant son salut dans sa fuite ?
Le travail y croît, j'en conviens ;
Mais tels maux en cour sont des biens,
Et Seignelay peut y suffire.
On le voit sur-le-champ écrire
Touchant des points très-importants,
Mieux que moi, seigneur, c'est peu dire :
Mieux qu'aucun écrivain du temps.
Pour passer à d'autres matières,
Vous saurez qu'on m'a dit naguères
Que cet hiver-ci l'opéra
A Rome se rétablira.
Cela me semble un bon augure
En la présente conjoncture,
Et commence à sentir la paix :
Je ne pense pas qu'elle échappe
Aux premiers soins du nouveau pape.
Si le Saint-Esprit mit jamais
Quelqu'un au trône de saint Pierre
Pour qui le démon de la guerre
Eut de la crainte et du respect,
C'est Alexandre ; car, sans dire
Qu'à nul état il n'est suspect,
Il a tout ce que l'on désire,
Expérience, fermeté,
Justice et sagesse profonde.
L'Olympe interpose au traité
La première tête du monde
En bon sens comme en dignité.
Dès à présent sa sainteté
S'en va cet ouvrage entreprendre.
O Paix ! ne te fais point attendre.
Veux-tu que pour toi l'univers
Soupire encore deux hivers ?
Fille du ciel et d'Alexandre,
Car je te garde tous ces noms,
Renvoie au Nord les aquilons ;
Fais qu'avec eux Mars se retire,
Faisant place à Flore, à Zéphyre.
Citer ces dieux, me va-t-on dire,
En parlant du pape, est-il bien ?
Non ; mais l'art des poëtes n'est rien,
Leurs discours n'ont beauté ni grâce,
Sans ce langage du Parnasse.
Qu 'Apollon s'exprime en païen,
Trouve-t-on cela fort étrange ?
Pour bannir pourtant ce mélange,
Et parler du pape en chrétien,
Souhaitons que Dieu l'illumine,
Et que la paix, par son moyen,
Vers les fidèles s'achemine
Avec l'assistance divine
Qu'un jubilé procurera.
Dès que le poëte lui verra
Réunir la chose publique,
D'ici sans peine il partira,
Et les vers il entonnera
De Siméon dans son cantique ;
Mais il veut vivre jusque-là.