Ballade

By Pierre Louÿs

Written 1888-01-01 - 1920-01-01

Fichu besoin de voyager !

Fi ! je m’en crache dans la paume.

Avait-il besoin de changer !

Et depuis lors ma beauté chôme !

C’est en vain que mon corps embaume

Et que pointe mon sein charmant.

C’est à le tromper pour un gnôme !

Mais rien ne vaudrait mon amant.

Je veux bien que du ciel d’Alger

Il puisse préférer le dôme

Au ciel d’ici. Mais que léger

Est tout de même ce jeune homme !

Il doit coucher avec la môme

Zorah, de ces lieux l’ornement.

Il me compte comme un atome.

Mais rien ne vaudrait mon amant.

Ah ! d’ennui c’est à se plonger,

Afin de rimer, dans la Drôme !

Mais de vrai, pour se submerger,

De la Seine aimez-vous l’arôme ?

Si quelqu’un m’apportait un baume

Pour guérir mon cruel tourment,

Je le… hum !… même eût-il un heaume !

Mais rien ne vaudrait mon amant.

Prince, vous m’offrez vainement

Les trésors de votre royaume :

Certe, un palais vaut mieux qu’un chaume ;

Mais rien ne vaudrait mon amant.