Ballade

By Maurice Mac-Nab

Written 1891-01-01 - 1891-01-01

Depuis le matin jusqu’au soir

Guettant les âmes généreuses,

Nous naviguons sur le trottoir,

Assis sur nos cuisses cagneuses

Dans des voitures merveilleuses,

Et nous bousculons les passants

Pour qu’ils soient plus compatissants,

La police à nous s’accoutume,

Mais nous nous moquons des agents

Quand nous roulons sur le bitume !

Parfois il se met à pleuvoir

Sur nos troupes tumultueuses,

Alors nous nous penchons pour voir

Par-dessous les dames rieuses

Qui relèvent leurs balayeuses :

Quand on voit des bas éclatants,

Ça console du mauvais temps !

Puis, pour se sécher, on s’allume

Un brûle-gueule entre les dents

Quand nous roulons sur le bitume !

Mais voilà que le désespoir

Courbe nos têtes soucieuses.

Les temps sont durs, il va falloir

Chômer : adieu les nuits joyeuses

Où l’on trinquait avec des gueuses !

Nous avons tant de concurrents !

Les gens passent indifférents ;

Les chiens même, pleins d’amertume,

Ne flairent plus nos bienséants

Quand nous roulons sur le bitume !

Reines des trottoirs opulents

Qui vous promenez à pas lents

Dans un riche et galant costume,

Envoyez-nous donc des clients

Quand nous roulons sur le bitume !