Confession
Written 1857-01-01 - 1857-01-01
Le temps ne nous corrige pas
Nous autres, personnes sensibles,
En vain les muses inflexibles
Voilent à nos yeux leurs appas ;
Tous nous attachons à leurs pas
Ainsi que des enfants terribles ;
Les fautes ne servent de rien.
Pour en éviter de nouvelles,
Nous rimons mal, nous péchons bien.
A défaut d’amour et de belles
Les vers tourmentent nos cervelles
Toujours — et nous nous obstinons,
Comme en leur foi les hérétiques.
Mil huit cent vingt ! nous éclosions
Dans les Mélanges poétiques,
Livre plein de prétentions
Aux enivrements érotiques.
Puis dix ans nous nous reposions
Au sein des dames romantiques,
Venaient après ? — je ne sais plus,
Sinon que c’était du plus tendre,Sinon que c’était du plus tendre,
Du cœur brisé, des sens émus,
Et beaucoup de vœux superflus.
Dix nouveaux ans encor de fièvre !
Arthur paraît, le malheureux,
Déplorablement vertueux,
Triste réveil d’un charmant rêve !
Est-ce la fin ? Hélas ! hélas !
Voilà que viennent des Lilas !
C’est l’amitié qui les fait naître,
Le temps d’éclore et de paraître,
De parfumer une fenêtre,
Et tout est dit de cette fois !
C’en est bien fait, amis, mes maîtres ;
Dans ces lieux où je vous reçois
Vous ne trouverez plus de traîtres.
Oh ! ces vers ! sont-ils négligés,
Mal équipés, mal arrangés,
Avec des trous à leur chemise !
Et se présenter, ainsi faits,
A leurs seigneurs, que de sottise !
Pauvres amis, pardonnez-leur ;
Ils connaissent bien leur faiblesse.
Ils vous diront : excusez leur vieillesse,
La grande faute de l’auteur.