31 octobre

By Eugène Pottier

Written 1887-01-01 - 1887-01-01

Le peuple sent qu'il est trahi,

C'est trop aboyer à la lune.

L'Hôtel de Ville est envahi,

Paris, proclame ta Commune !

A-t-on pris à Sainte-Périne

Tous ces dictateurs impotents ?

Leur ton dolent, leur voix chagrine,

Déconcertent les combattants.

On les voit, quand la France expire,

Reboucler avec onction

La muselière de l'Empire,

A notre Révolution.

Sont-ils idiots ou complices ?

Leur comité, peuplé d'ânons,

Brait, quand on parle d'armistices,

Et fond, à regret, les canons.

Morigénant la populace,

Qu'ils craignent plus que l'étranger,

Ils laissent, dans leur main mollasse,

Quatre-vingt-treize se figer.

L'accapareur, âpre vermine,

Fait le vide dans les marchés,

Et, souliers percés, la Famine

Fait queue, aux portes des bouchers.

Révoltez-vous, sombres familles,

Vous, meurt-de-faim, toujours déçus,

Éclatez comme des torpilles,

Puisqu'on veut vous marcher dessus.

Chez les chamarrés, rien ne bouge.

Va-nu-pieds, marchons de l'avant,

Nommons une Commune rouge,

Rouge, comme un soleil levant !

Quittant la tactique enclouée

De nos généraux de carton,

Nous irons faire une trouée,

Guidés par l'ombre de Danton !

Et dès ce soir, ivresse folle,

Favre et Trochu sont conspués ;

Paris danse la Carmagnole

Autour des murs évacués ;

Et l'on verra la plèbe saine,

Traquant les francs-fileurs bourgeois,

Brancher la race des Bazaine,

A tous les vieux chênes gaulois.

Le peuple sent qu'il est trahi,

C'est trop aboyer à la lune.

L'Hôtel de Ville est envahi,

Paris, proclame ta Commune !