A catulle mendès

By Paul Verlaine

Written 1896-01-01 - 1896-01-01

VOUS avez magnifiquement vengé la Muse

D’un blasphème trop bête en son impiété :

« Baudelaire, grand cœur douloureux », a dicté

Votre vers châtiant tel pédant qui s’amuse.

« Notre cher Baudelaire » ah, qu’il fut bien jeté

Ce cri de notre cœur à la face camuse,

D’une ignorance qui s’en croit, mais qui s’abuse,

Et d’un muflisme aggravément prémédité.

Oui, faisons respecter de la foule et du cuistre

Nos aînés au tombeau qu’insulte un cri sinistre

Corbeaux au lourd vol noir, belettes au corps tors.

Et consolons d’un beau courroux qui berce et flatte

D’un bruit encor de gloire en cette fosse ingrate

Qui ne sais plus leur nom, les morts, les pauvres morts.