À Celle Qui Aima Le Cloître

By Éphraïm Mikhaël

Written 1890-01-01 - 1890-01-01

Tu parlais du jardin où les roses claustrales

Pour les bouquets d’autel fleurissaient doucement,

Des nonnes dans l’enclos lumineux et dormant

Cueillant des fruits au son des cloches vespérales ;

Et moi je te voyais en un calme couvent

T’asseoir, rigide et blanche, aux stalles des chapelles

Et lever vers le ciel tes mains froides et belles

Et fermer ta fenêtre au printemps décevant.

Je te vois puérile et chaste, et je devine

A ton sourire tes extases d’autrefois.

Les cantiques anciens résonnent dans ta voix,

Tu gardes dans tes yeux un peu d’ombre divine.

N’est-ce pas que là-bas, en de mystiques soirs,

Comme moi tu songeas à des choses célestes ?

Pour toujours maintenant, ô sombre sœur, tu restes

Celle qui mit des lys aux arcs des reposoirs.

Et peut-être souvent ta tête appesantie

S’endort sur mon épaule en regrettant le ciel,

Et mes lèvres d’amant n’ont pas assez de miel

Pour vaincre la saveur de la première hostie.

Tous les deux, nous avons trop longtemps contemplé

Les nuages en fuite et les roses du cloître,

Notre puissant amour pourra durer et croître,

Notre cœur restera divinement troublé.

Peut-être expions-nous l’ivresse merveilleuse

D’avoir rêvé jadis à des pays meilleurs ?

Nous sommes les amants tristes parmi les fleurs

Et même le bonheur ne te fait pas joyeuse.