A celui qui a pleuré
Written 1871-01-01 - 1871-01-01
Quand, sous l'obus brutal et la bombé de flamme,
Ce pauvre et grand Paris eut longuement souffert,
Et que, pâle de faim, il allait rendre l'âme,
Étouffé qu'il était dans un cercle de fer,
Alors, de ses douleurs interprète et ministre,
Tu réclamas le droit d'aller vers le tyran
Qui, froidement drapé dans son vouloir sinistre,
Comptait les râles sourds de ce peuple expirant !
En écoutant sa voix, qui condamnait la. France
Au plus sombre avenir de honte et de malheurs,
Ton cœur de citoyen se brisa de souffrance,
Et l'on dit qu'on t'a vu les yeux mouillés de pleurs !
Ah ! tes larmes ont dû bien les faire sourire,
Ces hommes qui souvent, autour d'un tapis vert,
D'un trait qu'avec la plume ils s'empressent d'écrire,
Tranchent d'un peuple mort le cadavre entr'ouvert !
Ces hommes, dont l'astuce était l'unique oracle,
Et qui se rappelaient leurs ruses d'autrefois,
Devant tant de candeur ont dû crier miracle,
Car ils voyaient pleurer pour la première fois !
Mais, si des raffinés un tel sourire est l'arme,
Comme la grosse injure est celle des partis,
Ne regrette jamais, brave cœur ! cette larme :
Elle te fait bien grand… et les fait bien petits !
Elle rayonnera sur ta longue carrière ;
Elle en sera la perle et le couronnement ;
Car jamais âme d'homme, en une vie entière,
Ne saurait éclater aux yeux plus noblement !
De tes faits, le plus digne et le plus méritoire
Qui par le souvenir doive être consacré,
C'est encor cette larme… et l'équitable histoire
Écrira sous ton nom : tel jour, il a pleuré !