A ceux qui crient

By Lucie Delarue-Mardrus

Written 1905-01-01 - 1905-01-01

Ceux qui crient faussement la beauté de la vie

Pour ne s'entendre pas pleurer en vérité,

A ceux-là je le dis : Sachez en vérité

Que la mort est plus haute et belle que la vie !

La mort est éternelle et vous n'en parlez pas !

Moi, j'aime tant la mort que je suis comme l'Ange

De la Mort ; et pourtant je ne refuse pas

De vivre. Mais la mort est en moi comme un Ange.

Notre peu de beauté vient d'elle : Que vaudraient

Nos âmes, nos travaux, l'immortalité même

Des plus purs, si la vie n'était rien qu'elle-même ?

Sans la brièveté, nuls efforts ne vaudraient.

C'est la mort qui nous rend très grands quand nous le sommes.

L'animal ne sait pas qu'il meurt : nous le savons.

C'est là ce qui, de nous, fait les dieux que nous sommes…

O Tendresse ! O Pensée ! O Désir !… — Nous savons !

Silence à ceux qui crient la beauté de la vie

Pour ne s'entendre pas pleurer en vérité !

Je le leur dis : Sachez, sachez en vérité

Que c'est la Mort qui fait la beauté de la Vie !