A ceux qui reparlent de fraternité

By Victor Hugo

Written 1872-01-01 - 1872-01-01

Quand nous serons vainqueurs, nous verrons. Montrons-leur,

Jusque-là, le dédain qui sied à la douleur.

L'œil âprement baissé convient à la défaite.

Libre, on était apôtre, esclave, on est prophète ;

Nous sommes garrottés ! Plus de nations sœurs !

Et je prédis l'abîme à nos envahisseurs.

C'est la fierté de ceux qu'on a mis à la chaîne

De n'avoir désormais d'autre abri que la haine.

Aimer les Allemands ? Cela viendra, le jour

Où par droit de victoire on aura droit d'amour.

La déclaration de paix n'est jamais hanche

De ceux qui, terrassés, n'ont pas pris leur revanche ;

Attendons notre tour de barrer le chemin.

Mettons-les sous nos pieds, puis tendons-leur la main.

Je ne puis que saigner tant que la France pleure.

Ne me parlez donc pas de concorde à cette heure ;

Une fraternité bégayée à demi

Et trop tôt, fait hausser l'épaule à l'ennemi ;

Et l'offre de donner aux rancunes relâche

Qui demain sera digne, aujourd'hui serait lâche.