A corps perdu

By Jean Richepin

Written 1877-01-01 - 1877-01-01

Hurrah ! Que notre nuit toujours recommencée

Soit comme une bataille aux aveuglants éclairs

Qui fasse évanouir le jour dans mes yeux clairs !

Et tant mieux si ma mort doit en être avancée !

Redouble de caresse et de rage insensée,

Jusqu'à vider mes os, jusqu'à rompre mes nerfs !

Dans des spasmes pareils au rut fauve des cerfs,

Fais saigner largement mon corps et ma pensée !

Tu peux m'ouvrir le ventre et me casser les reins.

Frappe ! Je ne crains pas la mort. Ce que je crains,

C'est que ta soif d'aimer ne soit pas assouvie ;

Et je veux t'enivrer sans fin, jusqu'au moment

Où, les yeux effarés, tu briseras ma vie

Comme un ouvrier soûl brise son instrument,