A des parents

By Lucie Delarue-Mardrus

Written 1918-01-01 - 1918-01-01

Mourir un jour de mai quand on n'a pas douze ans,

Quand on est une heureuse enfant toute dorée !…

O parents ! Vous avez l'âme si déchirée

Que les mots sont insuffisants.

Elle vous a quittés, la chère petite âme

Qui devait vous bercer lorsque vous serez vieux.

Elle vous a quittés, la fillette aux yeux bleus

Qui ne voulut pas être femme.

Elle qui remplissait toute votre maison,

Elle va se coucher dans l'étroite ténèbre…

‒ Ah ! que tout le printemps en pleine floraison

Forme sa couronne funèbre !

Le destin qui conduit en tas nos jeunes gens

Là-bas où l'on se bat, où l'on brûle, où l'on pille,

Pouvait bien vous laisser cette petite fille.

Vous n'étiez pas très exigeants.

Ainsi l'on va remplir la campagne de cloches

Pour ce fragile corps sombré dans le trépas.

Les cloches du baptême étaient encor si proches

Qu'on les confond avec ce glas.

… Voilà. Vous n'aurez plus à soigner qu'une tombe.

Votre jolie enfant, c'est cela désormais.

Pourtant répétez-vous, lorsque le cœur vous tombe,

« Elle ne souffrira jamais. »