A deux amies

By Louis Dantin

Written 1932-01-01 - 1932-01-01

J'errais, lassé, sur une grève

Rude, sans ombre et sans chemin ;

J'ai vu venir, comme en un rêve,

Deux soeurs qui se donnaient la main.

Leur pas était ferme et paisible,

Leurs yeux étaient calmes et doux,

Malgré qu'une charge invisible

Parfois fît ployer leurs genoux.

Leur front reflétait la lumière

D'un espoir intime et vainqueur

Quoiqu'une larme à leur paupière

Jaillît des sources de leur coeur.

Leurs cheveux, à la brise folle

Flottaient, pénétrés de rayons,

Et dans l'azur leur auréole

Semblait tracer de clairs sillons.

Mais derrière elles, tache sombre

Sur l'argent des sables déserts,

L'âpre soleil projetait l'ombre

Des maux qu'elles avaient soufferts.

Je respirai sur leur passage

Des fleurs aux étranges parfums ;

C'étaient, fanés à leur corsage ;

Les lis de leurs amours défunts.

L'une était sérieuse et blonde ;

Son regard scrutait fixement

Quelque énigme obscure et profonde

Au fond du lointain firmament.

Elle marchait, sereine et sûre,

Vers l'inaccessible horizon,

Portant aux traits de sa figure

Le Vouloir avec la Raison.

Et dans sa lèvre confiante

Et dans son col presque hautain

Se devinait l'âme vaillante

En lutte contre le Destin.

L'autre, brune, était plus rêveuse :

Son sein se gonflait d'un soupir

Vers quelques île mystérieuse,

Là-bas, sur la mer de saphir ;

Vers l'Ile idéal et choisie

Où, pour faire un baume aux douleurs,

La Tendresse et la Poésie

Croîtraient partout comme des fleurs.

Toutes deux d'un cruel caprice

Semblaient porter le joug trop lourd :

L'une en vain cherchant la justice

Et l'autre regrettant l'Amour.

Moi, soudain, de ma rêverie

Suivant les mystiques chaînons,

Je disais : Hélène et Marie,

Que je sentais être leurs noms.

Et sans que j'eusse, ce me semble,

Vers elles rapproché mes pas,

Désormais nous marchions ensemble

Et notre coeur n'était plus las.