À doña rosita rosa

By Victor Hugo

Written 1865-01-01 - 1865-01-01

Ce petit bonhomme bleu

Qu'un souffle apporte et remporte,

Qui, dès que tu dors un peu,

Gratte de l'ongle à ta porte,

C'est mon rêve. Plein d'effroi,

Jusqu'à ton seuil il se glisse.

Il voudrait entrer chez toi

En qualité de caprice.

Si tu désires avoir

Un caprice aimable, leste,

Et prenant un air céleste

Sous les étoiles du soir,

Mon rêve, ô belle des belles,

Te convient ; arrangeons-nous.

Il a ton nom sur ses ailes.

Et mon nom sur ses genoux.

Il est doux, gai, point morose,

Tendre, frais, d'azur baigné.

Quant à son ongle, il est rose,

Et j'en suis égratigné.

Prends-le donc à ton service.

C'est un pauvre rêve fou ;

Mais pauvreté n'est pas vice.

Nul cœur ne ferme au verrou ;

Ton cœur, pas plus que mon âme,

N'est clos et barricadé.

Ouvre donc, ouvrez, madame,

À mon doux songe évadé.

Les heures pour moi sont lentes,

Car je souffre éperdument ;

Il vient sur ton front charmant

Poser ses ailes tremblantes.

T'obéir sera son vœu ;

Il dorlotera ton âme ;

Il fera chez toi du feu,

Et, s'il le peut, de la flamme.

Il fera ce qui te plaît ;

Prompt à voir tes désirs naître ;

Belle, il sera ton valet,

Jusqu'à ce qu'il soit ton maître.