A édouard rod

By Paul Verlaine

Written 1896-01-01 - 1896-01-01

COMME on baise une femme sur les cheveux,

Sur les yeux, le cou, les seins, et tout partout,

A rebrousse-poil bien entendu ! je veux

Caresser ce Suisse et ce sot, bout à bout.

C’est un écrivain comme l'on l’est en Suisse,

C’est un professeur ainsi qu’on est un pion,

Il est très élégant, telle une saucisse,

Il est obstiné, pareil à tel… scorpion.

Il est un monsieur qu’autre part on admire,

Il est psychologue : aussi Georges Ohnet.

Et tant de sottise est sienne qui s’expire,

Que l’on se souvient mal de ce que l’on en connaît !

Ce Rod, qui n’est pas le fils du vieil Hérode,

Pourquoi donc ? je n’en sais absolument rien,

M’a traité, lui, débutant dès son exode,

De bon écrivain, mais d’horrible vaurien…

Or je reconnais peu le droit à ce cuistre

D’apprécier ainsi mon pire et mon mieux,

Et qu’il se taise, car un destin sinistre

Est dû pour son style sentant le vieux.

Et zut à la fin (et mieux) pour ses morales

Qui ne sont qu’un tas blafard d’hypocrisies !

En toute liberté, même aux immorales

Liberté, libertas aux poésies !