A éléonore

By Évariste Parny

Written 1775-01-01 - 1806-01-01

Aimer à treize ans, dites-vous,

C'est trop. tôt. Eh, qu'importe l'âge ?

Avez-vous besoin d'être sage

Pour goûter le plaisir des fous ?

Ne prenez pas pour une affaire

Ce qui n'est qu'un amusement ;

Lorsque vient la saison de plaire,

Le cœur n'est pas long-temps enfant.

Au bord d'une onde fugitive,

Reine des buissons d'alentour,

Une rose à demi captive

S'ouvrait aux rayons d'un beau jour.

Égaré par un goût volage,

Dans ces lieux passe le Zéphyr :

Il l'aperçoit, et du plaisir

Lui propose l'apprentissage,

Mais en vain : son air ingénu

Ne touche point la fleur cruelle.

De grâce, laissez-moi, dit-elle ;

A peine vous ai-je entrevu ;

Je ne fais encor que de naître ;

Revenez ce soir, et peut-être

Serez-vous un peu mieux reçu.

Zéphyr s'envole à tire-d'ailes,

Et va se consoler ailleurs,

Ailleurs, car il en est des fleurs

A peu près comme de nos belles.

Tandis qu'il fuit s'élève un vent

Un peu plus fort que d'ordinaire,

Qui de la rose, en se jouant,

Détache une feuille légère ;

La feuille tombe, et du courant

Elle suit la pente rapide ;

Une autre feuille en fait autant,

Puis trois, puis quatre ; en un moment,

L'effort de l'aquilon perfide

Eut moissonné tous ces appas

Qu'apprêtait une main divine

Pour des amans plus délicats.

Le Zéphyr revint : mais, hélas !

Il ne restait plus qu'une épine.