A ernest hébert

By Théophile Gautier

Written 1872-01-01 - 1872-01-01

Au fond du parc, dans une ombre indécise,

Il est un banc, solitaire et moussu,

Où l'on croit voir la Rêverie assise,

Triste et songeant à quelque amour déçu.

Le souvenir dans les arbres murmure,

Se racontant les bonheurs expiés,

Et, comme un pleur, de la grêle ramure

Une feuille tombe à vos pieds.

Ils venaient là, beau couple qui s'enlace,

Aux yeux jaloux tous deux se dérobant,

Et réveillaient, pour s'asseoir à sa place,

Le clair de lune endormi sur le banc.

Ce qu'ils disaient, la maîtresse l'oublie ;

Mais l'amoureux, cœur blessé, s'en souvient,

Et, dans le bois, avec mélancolie,

Au rendez-vous, tout seul, revient.

Pour l'œil qui sait voir les larmes des choses,

Ce banc désert regrette le passé,

Les longs baisers et le bouquet de roses,

Comme un signal à son angle placé.

Sur lui la branche à l'abandon retombe,

La mousse est jaune et la fleur sans parfum ;

La pierre grise a l'aspect de la tombe

Qui recouvre l'amour défunt !…