A fernand langlois

By Paul Verlaine

Written 1888-01-01 - 1888-01-01

VOUS vous étés penché sur ma mélancolie,

Non comme un indiscret, non comme un curieux,

Et vous avez surpris la clef de ma folie,

Tel un consolateur attentif et pieux ;

Et vous avez ouvert doucement ma serrure,

Y mettant tout le temps, non ainsi qu’un voleur,

Mais ainsi que quelqu’un qui préserve et rassure

Un triste possesseur peut-être recéleur.

Soyez aimé d’un cœur plus veuf que toutes veuves,

Qui q’avait plus personne en qui pleurer vraiment,

Soyez béni d’une âme errant au bord des fleuves

Consolateurs si mal avec leur air dormant ;

Que soient suivis des pas d’un but à la dérive

Hier encor, vos pas eux-mêmes tristes, ô

Si tristes, mais que si bien tristes ! et que vive

Encore, alors ! mais par vous pour Dieu, ce roseau,

Cet oiseau, ce roseau sous cet oiseau, ce blême

Oiseau sur ce pâle roseau fleuri jadis,

Et pâle et sombre, spectre et spectre noir : Moi-même !

Surrexit hodie, non plus : de profundis.

Fiat ! La défaillance a fini. Le courage

Revient. Sur votre bras permettez qu’appuyé

Je marche en la fraîcheur de l’expirant orage,

Moi-même comme qui dirait défoudroyé.

Là, je vais mieux. Tantôt le calme s’en va naître.

Il naît. Si vous voulez, allons à petits pas,

Devisant de la vie et d’un bonheur peut-être

Non, sans doute, impossible, en somme, n’est-ce pas ?

Oui, causons de bonheur, mais vous ? pourquoi si triste,

Vous aussi ? Vous si jeune et si triste, ô pourquoi,

Dites ? Mais cela vous regarde ; et si j’insiste,

C’est uniquement pour vous plaire et non pour moi.

Discrétion sans borne, immense sympathie !

C’est l’heure précieuse, elle est unique, elle est

Angélique. Tantôt l’avez-vous pressentie ?

Avez-vous comme su – moi je l’ai – qu’il fallait

Peut-être bien, sans doute, et quoique, et puisque, en somme

Éprouvant tant d’estime et combien de pitié,

Laissez monter en nous, fleur suprême de l’homme,

Franchement, largement, simplement, l’Amitié.