A gambetta

By Jules Barbier

Written 1871-01-01 - 1871-01-01

Gambetta, noble esprit, grande âme !… le supplice

Va commencer pour toi ;

Ta bouche épuisera tout le fiel du calice !

C'est le sort des martyrs qui tombent dans la lice,

Victimes de leur foi !

Complice de la peur, la calomnie est prête.

Le mensonge rampant

Par un vague murmure annonce la tempête ;

L'ingratitude aveugle agite sur ta tête

Sa langue de serpent !

De ceux qui pour devise ont pris le mot DÉFENSE,

Dont la main a saisi

Ce pouvoir déserté par un prince en enfance,

C'est toi, le plus ardent, que poursuit leur offense ;

C'est toi qu'ils ont choisi !

Prodigue leur ta vie, en cette ardeur sublime !

Si, du ciel écrasé,

Tu fléchis sous le faix, ta chute devient crime :

Et l'on t'accusera d'avoir ouvert l'abîme

Que l'empire a creusé !

Cet empire à nous perdre aura mis vingt années,

Suivant en paix son cours ;

Toi, réparant d'un coup nos forces ruinées,

Tu dois, lorsque tu prends en main nos destinées,

Nous sauver en trois jours !

Ainsi l'on te condamne en paroles d'oracle !

C'est encore trop peu

Du prodige accompli dont l'étonnant spectacle

Tient l'Europe en suspens… Il leur faut un miracle

Qui n'appartient qu'à Dieu !

Quoi ! tu n'as même pas un sabre, et tu te mêles

De jouer au soldat !…

Qui donc est-tu ? quel est le nom dont tu t'appelles ?… –

République ?… — Malheur à toi, Si tu chancelles.

O petit avocat !

C'est elle qu'on poursuit, quand c'est toi que l'on nomme !

Pour ce lâche troupeau,

Tuer la République est le grand point, en somme ;

Et tout bas' on espère, ayant abattu l'homme,

Abattre le drapeau !

O tristesse ! ô dégoût abaissement infâme,

Affiché sans pudeur !

Peuple étrange, mêlé de cendres et de flamme,

Qui réunit en lui tant de bassesse d'âme

Avec tant de grandeur !

Hélas ! tel est le cœur de l'hétaïre impure,

Tel celui des Français !

Au juste qui succombe il prodigue l'injure,

Et, comme une Phryné, volontiers il mesure

Son amour au succès !

Ces braves gens sur roi, victime expiatoire,

Vengeront leurs écus !

Les écus' et les Dieux courtisent la victoire !…

Avec le vieux Caton, moi, je me ferai gloire

D'honorer les vaincus !