À grenade

By Camille Saint-Saëns

Written 1890-01-01 - 1890-01-01

L’Alhambra, qu’ont bâti les enfants du prophète,

Contre la vétusté vaillamment se défend.

Il est toujours paré comme pour une fête ;

On dirait qu’il espère : on dirait qu’il attend.

Qui sait — (toujours l’Islam agrandit son empire !)

Si les fils de Mahom, enchantement des yeux,

Quand le Christ ne sera plus là pour les maudire,

N’y replanteront pas l’étendard des ayeux ?

Car le Christ dont la croix pâlit sur les murailles

N’est plus l’inspirateur des conquérants jaloux ;

Les peuples d’Occident se livrent des batailles,

Mais ce n’est plus la Foi qui dirige leurs coups.

Ils ergotent sans fin sur des questions vaines ;

Ils veulent agrandir la terre sous leurs pas ;

Et, faisant bon marché des souffrances humaines,

Devant les pleurs, le sang, ils ne désarment pas.

Ils ne veulent pas voir, aveugles et stupides,

L’ange exterminateur qui vient pour les punir !

Le néant est au bout des luttes fratricides :

Ils disparaîtront tous, s’ils ne savent s’unir ;

Et quand, repus de gloire et soûlés de carnages,

Ils seront endormis dans l’éternel sommeil,

De l’Orient divin, d’où sont venus les Mages,

De l’Orient vainqueur renaîtra le Soleil !