A honfleur

By Lucie Delarue-Mardrus

Written 1918-01-01 - 1918-01-01

Honfleur, vieille ville ardoisée

Sur l'estuaire aux cent couleurs,

Tu portes sue chaque croisée

De beaux géraniums en fleurs.

Honfleur, les barques accourues

Du fond des hasards de la mer,

Toutes voiles dehors, ont l'air

De se promener dans les rues.

Honfleur, le poisson, le goudron

Sentent fort dans les trous saumâtres ;

Mais tu berces dans ton giron

L'âme des horizons bleuâtres.

Or voici : petite cité

Humble et perdue au bout du monde,

Maintenant que la guerre gronde,

Nous aurons connu ta bonté.

Au jour que sont venus du large

Ces bateaux rouges de soldats,

Honfleur, comme tu les aidas

A porter leur pesante charge !

Tu n'avais pas assez de mains

Pour tendre tes présents, ô ville !

U fus généreuse et civile,

Tu connus de grands jours humains.

Quand vinrent des blessés de guerre,

Tu renouvelas ton effort.

Tous, jusqu'à ta moindre commère,

Voulaient donner, donner encor.

Aujourd'hui, la noble Belgique

Déverse sur toi ses enfants,

Tant de vaincus qu'un sort tragique

Fait tout de même triomphants,

Et toi, douce et pleine de grâce,

Pour les accueillir, tu souris.

Tu veux, puisqu'on leur a tout pris,

Qu'ils aient à ton foyer leur place.

Tu veux qu'ils puissent, orphelins,

Dire à la destinée amère :

« Voici qu'une seconde mère

Nous a tendu des bras câlins. »

‒ Salut ma ville ! Tu fus grande,

O pauvre petit coin normand !

Nous ignorions ce cœur aimant

Qui donne sans qu'on lui demande.

Nous sommes fiers, tous ceux d'ici,

D'un tel charme joint à tes charmes.

C'est pourquoi nous viennent ces larmes

Lorsque nous te disons : « Merci ! »