A jean moréas

By Raymond Tailhède

Written 1887-01-01 - 1926-01-01

Tu dis, et de ton doigt levé sur les sept cordes,

Ainsi qu'au vent nouveau frémissait la forêt ;Ainsi qu'au vent nouveau frémissait la forêt ;

Car tes rythmes, ô Apollon, tu les accordes

Au son de l'Arc.Au son de l'Arc.

Porte-Lyre, Devin, Chasseur de Thessalie,

J'éclairerai de fleurs le vert de tes lauriers ;J'éclairerai de fleurs le vert de tes lauriers ;

Ta victoire sera de flammes embellie,

Victorieux !Victorieux !

Le somptueux passé qui fut ton héritage,

A tes yeux de verdure et de pourpre lassés,A tes yeux de verdure et de pourpre lassés,

Est devenu pour toi chaque jour davantage

La visible lueur.La visible lueur.

Pour toi s'est élevé de l'ombre environnante

L'avenir au galop des chevaux du SoleilL'avenir au galop des chevaux du Soleil

Levant, comme Vénus de l'écume éclatante

Des tumultes marins.Des tumultes marins.

Près des sources que des satyres ont troublées,

Tout un silence d'or vibrant s'est abattu,

Claire merveille éclose au profond des vallées,

Si l'oiselet chanteur du bocage s'est tu.

Oubli de flûte, heure de rêves sans alarmes,

Où tu as su trouver pour ton sang amoureux

La douceur d'habiter un séjour odoreux

De roses dont les dieux sylvains te font des armes.

Là tu vas composant ces beaux livres, honneur

Du langage français et de la noble Athènes :

Au plus haut bruit chanté de tes strophes hautaines

Quel poète n'a pas tressailli dans son cœur ?

Le sénile troupeau qui tremble et les Ménades

Jalouses, en ces lieux de gloire n'entreront,

Ni cet esprit vulgaire, effroi des Oréades,

Ni tous ceux dont les dieux ont détourné leur front.

Mais Claros maintenant prophétise, et la Lyre

Résonne comme un fer battant sur le carquois,

Et depuis ton réveil on entend dans les bois

Gybèle retentir.

La torche d'Héraclès allume une autre aurore.

Et vois, pour enlacer ta tête, Moréas,

Daphné que poursuivait Apollon Loxias

Au diadème d'or.