À la Circé moderne

By Maurice Rollinat

Written 1883-01-01 - 1883-01-01

Puisqu'un irrésistible appeau

Attire à toi toute mon âme,

Et que toute ma chair proclame

Le magnétisme de ta peau :

Irrite, mais sans le proscrire,

Le désir qui me ronge, et puis

Viens emparadiser mes nuits,

Ensorceleuse au froid sourire.

Aux bruits mouillés, tendres et fous

De nos baisers démoniaques,

Comme deux serpents maniaques

Dans le mystère enlaçons-nous !

Chère onduleuse, mauvais ange,

Abeille de la volupté,

Donne-moi ton corps enchanté

Et reçois mon âme en échange !

Mon désir s'enroule et se tord

Autour de ton beau corps de marbre,

— Ainsi le lierre autour de l'arbre —

Horrible et doux, il rampe et mord.

Tes grands yeux caves et funèbres

Sont si libertins quand tu veux,

Et j'aspire dans tes cheveux

Tant de parfums et de ténèbres !

Moderne Circé, tes poisons

Auraient perdu le cœur d'Ulysse ;

Harcèle-moi de ta malice,

Salis-moi de tes trahisons !

Insulte-moi ! mais, ma maîtresse,

Laisse-moi repaître ma faim,

Dussé-je mourir à la fin,

Empoisonné par ta caresse !