A la france

By Ali-Joseph-Augustin Vial De Sabligny

Written 1871-01-01 - 1871-01-01

J'ai pleuré les malheurs, ô ma sainte patrie ;

Mon cœur a bien souffert, mais aujourd'hui ma voix

Te dit : Tu reverras, ma France tant chérie,

Les beaux jours d'autrefois.

Par le fer et le feu tu fus bien mutilée,

On t'a réduite, hélas ! au plus affreux état,

il t'a fallu compter d'une âme désolée

Plus d'un sanglant combat.

Mais tu redeviendras cette reine du monde,

Dont les échos jadis célébraient la grandeur ;

Tu seras de nouveau cette terre féconde,

Modèle de splendeur.

Ton étendard troués, tout noirci par la poudre,

Luira plus que jamais du prestige éclatant

Qui le faisait partout ressembler à la foudre

Dans les mains d'un géant.

Jaloux de ses succès, le torrent de la Prusse

Dans ses flots tourmentés a voulu l'engloutir,

Mais il surnagera, défiant son astuce

Qui ne peut l'avilir.

Qu'on le sache donc bien, la France est immortelle,

Et malgré ses revers doit reprendre son rang ;

Elle saura se faire une force nouvelle

Avec un nouveau sang,

Nous avons vu pâlir un instant notre étoile

Dans un ciel orageux sans en être effrayés ;

Les nuages épais qui la couvrent d'un voile

Seront tous balayés.

Nous avons entendu mugir un vent perfide

Et notre dernier jour semblait être arrivé ;

Demain, tout le dégât de sa course rapide

Nous l'aurons relevé.

Nous avons contemplé l'horrible précipice

Dont les flancs hérissés se présentaient à nous.

Mais avant que la France en y tombant périsse,

Prussiens, tremblez pour vous.

Nous avons vu l'écueil menacer notre barque

Sur la mer en courroux sans nous inquiéter ;

A ton tour, roi Guillaume, ô trop puissant monarque,

Tâche de l'éviter.

Pour nous servir d'abri, de bouclier, d'armure,

La liberté se lève aux rayons du soleil,

Ainsi qu'un arbre altier elle étend sa ramure

Aux charmes sans pareil.

Notre patriotisme est l'ardente fournaise

Où s'embrasent nos sens, où s'enflamment nos cœurs,

Nous nous rappellerons l'air de la Marseillaise

Pour être les vainqueurs.

O France ! ces guerriers accourus pour t'abattre,

Un jour, qui n'est pas loin, tu les étoufferas,

Tu les verras alors haletants se débattre

Dans tes robustes bras.

D'attendre et d'espérer il te faut le courage ;

C'est le temps qui guérit les plus grandes douleurs ;

Chacun s'inclinera, quand aura fui l'orage,

Au pied des trois couleurs !