À la même
Written 1893-01-01 - 1893-01-01
Car, sans lui, tu n'es rien, puisque, sans lui, tu laisses
Divaguer ta clarté :
Elle est ton âme souple aux trop blondes mollesses ;
Il est ta volonté.
Et je te coiffe donc de l'abat-jour sévère.
Il n'a pas de feston ;
Mais on voit s'élargir en cône de lumière
Son cône de carton.
C'est lui qui, sur la table, avec ta clarté d'ambre,
Forme un cercle clans quoi
Tous les rêves flottant aux ombres de la chambre
Sont convoqués par moi.
Autour de la paroi transparente du cône,
Plus d'un monstre hagard
Vient tourner, attiré par le beau piège jaune,
Le flaire, et puis repart.
Mais, franchissant le cercle où l'on voit luire, au centre,
Le cuivre de ton pied,
Plus d'un autre, saisi dans le moment qu'il entre,
Tombe sur le papier.
C'est là qu'ils tomberont, autour du pied de cuivre,
Tous ces rêves, en rond !
Et c'est, quand on voudra les obliger à vivre,
Là qu'ils résisteront !
Car c'est sous l'abat-jour que se dore et se crée,
Tremble et se circonscrit,
Le champ mystérieux d'une lutte sacrée
Sans armes et sans cri.
Allons, lampe, venez ! que d'un sage couvercle
On rabatte vos feux ;
Et que sur cette table apparaisse le cercle
Humblement merveilleux !
Le cercle se dessine. Attendons que tout dorme ;
Puis, forçons, quand tout dort,
La pensée à venir se battre avec la forme
Dans cette arène d'or.
C'est pour cela qu'on vit, pour amener, de l'ombre
Dans ce rond de lueur,
Des rêves… deux ou trois… on ne sait pas le nombre…
C'est pour cela qu'on meurt.
Les couronnes ne sont, que semble, sur les tempes,
Un dieu brusque apporter,
Que ce qui, du halo quotidien des lampes,
A fini par rester.