A la mémoire de corot

By François Coppée

Written 1925-01-01 - 1925-01-01

Lorsque le printemps, cette année,

Revint sur les ailes d’avril,

La campagne fut étonnée

Et songea : « Que me manque-t-il ? »

En s’ouvrant, la première rose,

Quand vint s’y poser le bourdon,

Dit, triste, à l’insecte morose

« Ce mois de mai, qu’avons-nous donc ?

Les bleuets et les campanules

Furent moins joyeux, cette fois.

Les rossignols, aux crépuscules,

Eurent des sanglots dans la voix.

Les aubépins que le vent frôle

Jetèrent moins gaîment leurs fleurs ;

Les bois soupirèrent ; le saule

Sembla verser bien plus de pleurs ;

Après une halte plus prompte,

L’oiseau s’envola des lilas.

Tout enfin semblait avoir honte

De sa joie et disait : « Hélas ! »

— Hélas ! si la campagne est prise

De ce mystérieux souci,

C’est qu’un bonhomme en blouse grise

Ne revient plus, ce printemps-ci.

Oui, c’est sans doute qu’elle pense

Que Corot, que son vieil ami,

Pour faire une aussi longue absence,

Doit être à jamais endormi ;

C’est qu’à la ville, bien loin d’elle,

Nous avons cloué ce cercueil,

Et que de son amant fidèle

La nature a droit d’être en deuil.