À la Nature

By Auguste Lacaussade

Written 1852-01-01 - 1852-01-01

Source trois fois féconde, opulente Nature,

Sans t'épuiser jamais, toi qui donnes toujours ;

Toi qui répands à flots sur chaque créature

La vie et ses bienfaits, la vie et ses beaux jours ;

Je t'envie, ô Nature ! ô mère impérissable,

Qui nous verses à tous un lait intarissable !

Poète, que ne puis-je abreuver de mes chants,

Comme toi de tes dons, les purs et les méchants !

Du seuil de mon Éden, poétique domaine,

Que ne puis-je, appelant toute la race humaine,

Dire à l'homme, à l'enfant, aux sages, aux rêveurs :

« Cueillez à pleines mains mes strophes et mes fleurs !

Dans mes vastes jardins aux suaves délices

Entrez ! c'est pour vous tous que s'ouvrent mes calices.

Femme, goûte à ces fruits que l'art a fait germer ;

Vierge, viens respirer la fleur qui fait aimer ;

Poète, viens rêver sous mes ombres fidèles ;

Vieillard, de mon printemps viens voir les hirondelles.

Venez tous ! entrez tous ! vous qui pleurez, hélas !

Vous dont la lèvre rit, vous dont le cœur est las ;

Toi qu'a rendu méchant une longue souffrance ;

Toi qui te meurs d'ennui, toi qui vis d'espérance ;

Venez ! de mon Éden les murs vous sont ouverts.

Tout est à vous : les fleurs, les fruits, les rameaux verts !

Prenez, cueillez au gré de votre fantaisie :

Rien ne peut me tarir, je suis la Poésie ! »