À la nymphe de sumène

By Pierre Louÿs

Written 1888-01-01 - 1920-01-01

Sous les rocs à face humaine,

La nuit, tu nous apparais,

Nymphe antique de Sumène,

Âme du noir Vivarais.

Les vols de sylphes et d’elfes

Ne hantent pas ton ravin ;

Tu ne reçois que de Delphes

Le rayonnement divin.

Quand tu marches à la brune,

Tes pieds laissent sur les eaux

Des traces de clair de lune

Où vont boire les oiseaux.

Près de toi, l’herbe et la feuille

Frissonnent, le soir tombé ;

C’est ta source qui recueille

Endymion et Phœbé.

Dans ton eau calme et fertile

Tu regardes leur sommeil…

Ô Nymphe aux yeux de myrtille,

Naïade, écoute un conseil :

Quand tu verras sur la grève,

Vers l’ombre de tes bras nus,

Les sylvains de Saint-Agrève

Tendre leurs mufles cornus,

Avec ta main délicate

Glisse en tes obscurs cheveux

Le fatal croissant d’Hécate

Qui détourne les aveux ;

Et sur la vasque où tu baignes

Tes pieds frais aux cressons verts,

Nous t’offrirons des châtaignes,

Du lait de chèvre, et des vers.