A l’aimée

By Paul Verlaine

Written 1890-01-01 - 1890-01-01

VOICI des cheveux gris et de la barbe grise.

Tu me les demandas en un jour d’enjouement

Pour, disais-tu, les encadrer bien gentiment

Autour de ce portrait ou ma « grâce » agonise.

Pauvre photo ! Mais j’y pense, il sera de mise,

Quand mes yeux fatigués se seront clos dûment

Et que la terre bercera son fils dormant,

Il sera de saison alors, chérie – exquise

Attention ! – de faire avec ces cheveux, teints

A cette barbe, teinte en boucles blondes, brunes

Ou telle autre nuance entre tant d’opportunes,

Faire, par un coiffeur de choix, sur des fonds peints

D’avance, le tombeau, lors pleuré sans astuce

Du jeune homme qu’il aurait fallu que je fusse.