À lamartine

By Jean Aicard

Written 1867-01-01 - 1867-01-01

Le temps heureux n’est plus où rayonnait la Grèce,

Où Périclès vivait, étoile du plein jour !

Où les peuples, ardents de force et de jeunesse,

Voyant un Dieu partout, sentaient partout l’amour !

Le temps, le temps est mort des couronnes civiques,

Où l’on n’oubliait plus le poëte vainqueur !

Il est bien mort, ce temps des vieilles républiques

Qui payaient largement les cœurs avec le cœur !

L’orgie en ses festins n’a même plus de roses !

Les âmes sont de cire, et les fleurs de métal ;

Des dieux et de l’amour il nous reste deux choses :

La pâle indifférence et le désir brutal !

Les jeunes d’aujourd’hui vaudraient-ils ceux d’Athènes ?

Eux qu’on voit, dédaigneux du juste en cheveux blancs,

Récolter ces moissons hâtives de leurs graines :

Des nouveau-nés déjà blêmes et tout tremblants !

D’autres l’ont dit : plus rien ne bat dans les poitrines !

Et s’il est quelque part, triste, sur les sommets,

Un héros de jadis, meurtri de nos ruines,

Et tel que notre temps n’en verra plus jamais !

S’il reste un grand poëte et s’il reste un grand homme,

Ô miracle ! si grand qu’en un dernier effort,

La foule, par hasard, s’en souvienne et le nomme,

Un dormeur, réveillé, l’insulte, et se rendort !

Ah ! comme il faut vouloir, pour garder l’espérance !…

Père, des bruits confus sont venus jusqu’à moi ;

On a cru t’émouvoir et troubler ton silence,

Mais, te sachant trop haut, j’ai répondu pour toi.