À l’aurore…

By Paul Valéry

Written 1942-01-01 - 1942-01-01

À l’aurore, avant la chaleur,À l’aurore, avant la chaleur,

La tendresse de la couleurLa tendresse de la couleur

À peine éparse sur le monde,À peine éparse sur le monde,

Étonne et blesse la douleur.Étonne et blesse la douleur.

Ô Nuit, que j’ai toute soufferte,

Souffrez ce sourire des cieux

Et cette immense fleur offerte

Sur le front d’un jour gracieux.

Grande offrande de tant de roses,

Le mal vous peut-il soutenir

Et voir rougissantes les choses

À leurs promesses revenir ?

J’ai vu se feindre tant de songes

Sur mes ténèbres sans sommeil

Que je range entre les mensonges

Même la force du soleil,

Et que je doute si j’accueille

Par le dégoût, par le désir,

Ce jour très jeune sur la feuille

Dont l’or vierge se peut saisir.