A l‘église

By Jacques Normand

Written 1871-01-01 - 1871-01-01

LA rue est roide, étroite, et le pavé crotté.

Entre deux croque-morts rudement ballotté,

Un petit cercueil blanc chemine vers l’église.

Derrière, un homme pâle, à la moustache grise,

Marche, les yeux au sol, triste, le front penché.

Sur le seuil de l’église, un insurgé couché

Fume sa pipe et voit le convoi qui s'avance :

« Halte-là, citoyen ! et qu’on passe à distance !

On n'entre pas ici ! — Je viens pour mon enfant…

— Impossible ! — Pourtant ?… — La consigne défend

De te laisser entrer : et puis d'ailleurs, regarde,

Depuis hier l’église est faite corps de garde.

Nous avons remplacé ces calotins damnés.

— Pourtant je ne peux pas laisser… vous comprenez…

Mon pauvre enfant chéri sans messe, sans prière…

— Des messes, citoyen ! des messes ! pourquoi faire ?

Si ton petit est mort, les messes n’y font rien.

Il faut se consoler comme un vrai citoyen,

Et, laissant de côté curés et patenôtres ,

Quand on perd un enfant, en fabriquer deux autres. »

Le père devint rouge et son poing se roidit.

Il voulut insister ; mais, hélas ! qu’eût-il dit ?

Qu’eût-il fait ?

Il partit, et vers le cimetière

Marcha, les yeux fixés sur la petite bière,

Le cœur gonflé de pleurs,— mais pensant qu’en haut lieu

Il est une justice, et qu’on l’appelle : Dieu !