A l'Opéra

By Théodore Banville

Written 1884-01-01 - 1884-01-01

A l'Opéra, quand la Musique,

Pour consoler tous nos exils,

Jette en une extase physique

Nos sens affinés et subtils ;

Tandis que la magique phrase

Veut nous emporter, effarés,

Jusqu'au paradis de l'extase

A travers les cieux déchirés ;

Folle, et toujours contrariante,

La Beauté, ce friand repas,

Nous dit de sa bouche riante :

Regardez-moi. N'écoutez pas.

La Chair de lys murmure en prose

Je suis le vin et l'échanson ;

Et la Lèvre couleur de rose

Dit : C'est moi qui suis la chanson.

Amour, ce maraudeur équestre

Envolé sur un cheval fou,

Empêche d'entendre l'orchestre

Et montre les blancheurs d'un cou ;

Et ce Paris qui toujours cède,

Tandis que chante Escalaïs,

Admire tout ce que possède

Agnès, et tout ce qu'a Laïs.