À m. de vendome
Written 1656-01-01 - 1696-01-01
Prince, qui faites les délices
Et de l'armée et de la cour,
Du vieux soldat et des milices,
Et de toute la gent qu'assemble le tambour,
Le bruit de votre maladie
A fait trembler pour votre vie.
Il n'est pèlerinage où nous n'ayons songé.
Que si personne n'a bougé,
C'est que le monarque lui-même
Rassura d'abord les esprits ;
Et ce qu'il dit vint à Paris
Avec une vitesse extrême.
Sans cela tout étoit perdu :
Le poëte avoit l'air d'un rendu.
Comment ! d'un rendu ? D'un ermite.
D'un Santoron, d'un Santena ;
D'un déterré, bref, d'un qui n'a
Vu de longtemps plat ni marmite.
Il sembloit, à me voir, que je fusse aux abois.
Fieubet, auprès de Gros-Rois,
Tient contenance moins contrite,
Non qu'il se soit du tout privé
Des commodités de la vie ;
Même on dit qu'il s'est réservé
Sa cuisine et son écurie,
Des gens pour le servir, le nécessaire enfin ;
Un peu d'agréable ; et lui fin.
Cet exemple est fort bon à suivre :
J'en sais, un meilleur ; c'est de vivre.
Car est-ce vivre, à votre avis,
Que de fuir toutes compagnies,
Plaisants repas, menus devis,
Bon vin, chansonnettes jolies,
En un mot, n'avoir goût à rien ?
Dites que non, vous direz bien.
Je veux de plus qu'on se comporte
Sans faire mal à son prochain ;
Qu'on quitte aussi tout mauvais train
Je ne l'entends que de la sorte.
Tant que votre altesse, seigneur,
Et celle encor du grand prieur,
Aurez une santé parfaite,
Je renonce à toute retraite.
Mais, dès qu'il vous arrivera
Le moindre mal, on me verra
Vite à Saint-Germain de la Truite,
Frère servant d'un autre ermite.
Qui sera l'abbé de Chaulieu.
Sur ce, je vous commande à Dieu.