A m. émile bayard son admirateur

By Hector L'Estraz

Written 1871-01-01 - 1871-01-01

L'aube s'est levée éclatante et pure,

Le ciel est d'azur, le printemps sourit ;

Les cœurs sont heureux, et dans la nature

Pour seule devise « Amour » est écrit.

Partout des rayons, partout de la joie,

Le chant des oiseaux emplit l'air vermeil,

Les fleurs ont paré leurs robes de soie

De purs diamants brillants au soleil.

Des prés verts, des bois, des sources, des roses,

De l'air et du ciel, de chaque élément

Sort et se répand sur toutes les choses

En effluves saints un magique aimant.

L'homme sent en lui son âme divine,

La sérénité descend du ciel bleu,

Tout est idéal et doux : on devine

Que sur terre passe un souffle de Dieu.

— Dans les prés en fleurs la jeune famille

S'en va promener ses amours touchants

Le petit garçon, la petite fille

Sous l'œil des parents courent par les champs ;

Par les champs joyeux, dans les herbes folles

Ils vont poursuivant les blancs papillons

Ces amants légers des fraîches corolles,

Ou cherchant l'insecte au creux des sillons.

Quelle ample moisson de trésors vous faites

Parmi les œillets et parmi les thyms,

Les coquelicots et les paquerettes,

Bébés adorés, ô charmants lutins.

Voyez-les cueillir la fleur éphémère,

Jetant au ciel bleu leurs cris ! Derrière eux

Fiers de leurs trésors, le père et la mère

Tout émerveillés les couvent des yeux.

Le père adorant leur gaîté naïve

Fredonne, joyeux, léger, ébloui,

Et la jeune mère émue et pensive

Sourit aux bébés, se penchant vers lui.

Et tous deux unis des douces étreintes

Sentent un seul cœur battre dans leurs seins,

Éternellement leurs âmes sont jointes,

Les bonheurs vers eux volent en essaims.

Et leurs doux frissons, leurs mains enlacées

Leurs yeux attendris et noyés d'amours

Disent le secret pur de leurs pensées :

« Nous sommes heureux, liés pour toujours !

» Notre âme à tous deux revit palpitante

» Dans chaque ange né de notre baiser,

» Ils sont pour nos cœurs la chaîne vivante

» Que rien ici-bas ne pourra briser ! »

Oh ! quel avenir leur amour carresse !

Leurs rêves s'en vont dans les cieux ouverts,

Et leur œil ravi suit avec ivresse

Les bébés courant dans les grands prés verts.