A ma sœur religieuse
Written 1920-01-01 - 1920-01-01
O toi, fille docile à cet appel fatal
Qui t'arracha si tôt à la tiède famille,
Toi dont la cornette qui brille
Imite les voiliers de notre port natal,
Ma sœur, t'en souviens-tu ? Vous en souvient-il, dites,
Que nous nous aimions bien, jadis, toutes les deux,
Quand, au fond du grand parc ombreux,
Nous étions, pour nos sœurs et maman, « les petites » ?
Moi qui déjà rêvais et ne croyais à rien,
Qui ne saurai jamais, hélas ! vers quoi je crie,
Que n'ai-je un cœur comme le tien
Pour faire une prière à ta Vierge Marie !
Je lui demanderais, dans son éternité,
De vouloir bien bercer contre elle notre mère,
D'être sa sœur de charité
Pour remplacer là-haut notre amour éphémère
Elle nous a quittés pour s'en aller si loin !
Je me dis que personne à présent ne la soigne,
Et je sens, ma peine en témoigne,
Qu'elle est toujours malade et qu'elle en a besoin
Je dirais : «Sainte Vierge, au fond du ciel qui tonne,
Veuillez toujours rester près de notre maman
Et la dorloter doucement,
Puisque, comme ma sœur, vous êtes une nonne
Maman ne croyait point en vous, pas plus que moi,
Mais maintenant qu'elle est à jamais dans la terre,
Le néant, cela fait si froid,
Que je cherche des noms à l'immense mystère
Notre sœur, consacrée à Saint Vincent-de-Paul,
Vous honore parmi d'autres belles images.
Elle voit de divins visages
Se pencher sur les morts enfouis dans le sol
Moi, je pleure tout bas et je ne puis rien croire.
Mais, devant la douleur de tout ce qu'il y a,
Du fond de ma détresse noire,
Je veux bien, pour maman, dire : Ave Maria.