À madame la comtesse a. h.

By Victor Hugo

Written 1826-01-01 - 1826-01-01

Oh ! quel que soit le rêve, ou paisible, ou joyeux,

Qui dans l'ombre à cette heure illumine tes yeux,

C'est le bonheur qu'il te signale ;

Loin des bras d'un époux qui n'est encor qu'amant,

Dors tranquille, ma sœur ! passe-la doucement,

Ta dernière nuit virginale !

Dors : nous prierons pour toi, jusqu'à ce beau matin !

Tu devais être à nous, et c'était ton destin,

Et rien ne pouvait t'y soustraire.

Oui, la voix de l'autel va te nommer ma sœur ;

Mais ce n'est que l'écho d'une voix de mon cœur

Qui déjà me nommait ton frère.

Dors, cette nuit encor, d'un sommeil pur et doux !

Demain, serments, transports, caresses d'un époux,

Festins que la joie environne,

Et soupirs inquiets dans ton sein renaissant,

Quand une main fera de ton front rougissant

Tomber la tremblante couronne !

Ah ! puisse dès demain se lever sur tes jours

Un bonheur qui jamais ne s'éclipse, et toujours

Brille, plus beau qu'un rêve même !

Vers le ciel étoilé laisse monter nos vœux.

Dors en paix cette nuit où nous veillons tous deux,

Moi qui te chante, et lui qui t'aime !