A madame la surintendante
Written 1658-01-01 - 1694-01-01
Puis-je ramentevoir l'accident plein d'ennui
Dont le bruit en nos cœurs mit tant d'inquiétudes ?
Aurai-je bonne grâce à blâmer aujourd'hui
Carrosses en relais, chirurgiens un peu rudes ?
Falloit-il que votre œuvre imparfait fût laissé ?
Ne le deviez-vous pas rapporter de Toulouse ?
A quoi songeoit l'Amour qui l'avoit commencé,
Et sont-ce là des traits de véritable épouse ?
Ne quittant qu'avec peine un mari par trop cher.
Et le voyant partir pour un si long voyage,
Vous le voulûtes suivre, il ne put l'empêcher ;
De vos chastes amours vous lui dûtes ce gage.
Dites-nous s'il devoit être fille ou garçon,
Et si c'est d'un Amour, ou si c'est d'une Grâce
Que vous avez perdu l'étoffe et la façon,
A quelque autre poupon laissant libre la place.
Pour tous les fruits d'hymen qui sont sur le métier,
Carrosses en relais sont méchante voiture.
Votre poupon, au moins, devoit. avoir quartier :
Il étoit digne, hélas ! de plus douce aventure.
Vous l'auriez achevé sans qu'il y manquât rien,
De Grâces et d'Amours étant bonne ouvrière.
Dieu ne l'a pas voulu peut-être pour un bien ;
Aux dépens de nos cœurs il eût vu la lumière.
Olympe, assurément vous auriez mis au jour
Quelque sujet charmant et peut-être insensible.
Votre sexe ou le nôtre en seroit mort d'amour ;
Mais nous ne gagnons rien ; c'est un sort infaillible.
Ce miracle ébauché laisse ici frère et sœurs.
Chez vous, mâle et femelle il en est une bande :
Un seul étant perdu ne nous rend point nos cœurs ;
De ceux qui sont restés la part sera plus grande.