À madame marie m…

By Paul Verlaine

Written 1895-01-01 - 1895-01-01

Vous fûtes bonne et douce en nos tristes tempêtes,

L'Esprit et la Raison parmi nos fureurs bêtes,

Et si l'on vous eût crue au temps qu'il le fallait

On se fût épargné tant de chagrin plus laid

Encor que douloureux, puis lorsque sonna l'heure

Définitive où d'espérer n'était qu'un leurre

Dorénavant, du moins vous fîtes pour le mieux

Quant à tel modus vivendi moins odieux

Que cette guerre sourde ou cette paix armée

Qui succéda l'affreux conflit.

Soyez aimée

Et vénérée, ô morte inopportunément !

Qui sait ? Vous là, précise et sûre au vrai moment,

Votre volonté, toute indulgence et sagesse,

Eût prévalu sans doute et nous eût fait largesse

D'un pardon mutuel obtenu par son soin :

Tout serait pour le mieux avec Dieu pour témoin ;

Mais Dieu n'a pas voulu, qui vous a donc reprise

Pourquoi ?

Dormez, ô vous, sous votre pierre grise,

Qui fîtes le devoir et ne cédâtes pas.

Dormez par ce novembre où ne peuvent mes pas

Malades vous aller porter quelque couronne :

Mais voici ma pensée, ô vous douce, ô vous bonne !