À madame pauline viardot

By Camille Saint-Saëns

Written 1890-01-01 - 1890-01-01

Gloire de la Musique et de la Tragédie,

Muse qu’un laurier d’or couronna tant de fois,

Oserai-je parler de vous, lorsque ma voix

Au langage des vers follement s’étudie ?

Les poètes guidés par Apollon vainqueur

Ont seuls assez de fleurs pour en faire une gerbe

Digne de ce génie éclatant et superbe

Qui pour l’éternité vous a faite leur sœur.

Du culte du beau chant prêtresse vénérée,

Ne laissez pas crouler son autel précieux,

Vous qui l’avez reçu comme un dépôt des cieux,

Vous qui du souvenir êtes la préférée !

Ah ! comment oublier l’implacable Fidès

De l’amour maternel endurant le supplice,

Orphée en pleurs qui pour revoir son Eurydice

Enhardi par Éros pénètre dans l’Hadès !

Grande comme la Lyre et vibrante comme elle,

Vous avez eu dans l’Art un éclat non pareil

Vision trop rapide, hélas ! que nul soleil

Dans l’avenir jamais ne nous rendra plus belle !