À Mademoiselle de Guerchy, contre Mariamne.

By Isaac Benserade

Written 1697-01-01 - 1697-01-01

OUI, je vous dis et vous répète

Que Mariamne étoit coquette,

Et n’eut pu se passer d’amant.

Ce n’est point médisance noire ;

Et je m’en rapporte au roman

Où vous croyez mieux qu’à l’histoire.

Son âme ne fut point ingrate

Aux passions de Tiridate,

Qui fut l’un de ses favoris ;

Et c’est d’elle que vient la mode

De faire enrager les maris,

Alors qu’ils sont vieux comme Hérode.

Lorsque ce livre enseigne comme

Elle baisa ce galant homme,

Dieu sçait ce qu’entend le lecteur :

Et vous-même êtes assez fine

Pour vous imaginer l’auteur

Plus modeste que l’héroïne.

On ne pouvoit vivre avec elle :

Hérode et toute sa séquelle

Lui passèrent pour des dragons :

Bref, sa conduite impertinente

Eût, je crois, fait sortir des gonds

Madame votre gouvernante.

La pauvre dame toute bonne

Eût vu cette fière personne

Sans cesse la contrarier ;

Et dans son humeur inquiète

Eût trouvé pis que le brasier,

Et pis que les brins de vergette.

Elle aimoit, elle étoit aimée.

Mais épargnons la renommée,

Et laissons-la pour ce qu’elle est :

Suffit que c’est un sot modèle,

Et qu’on a beaucoup d’intérêt

Que vous ne soyez pas comme elle.

De grâce, m’allez pas redire

Que j’en ai fait une satire,

Où je la mets en beaux draps blancs,

Et que mes muses libertines

Ont après quelques deux mille ans

Mis Mariamne aux Feuillantines.