A maurice du plessys

By Jean Moréas

Written 1894-01-01 - 1894-01-01

Une même fureur n'agite tout poëte,

Combien qui sont faconds ont la bouche muette !

La plupart sont chétifs et rampent bassement

Aux arbrisseaux pareils ; quelques-uns seulement,

De naturel bien né, sans ruses et sans peine,

Passent incontinent cette commune voix :

Tel un chêne élevé qui par dessus le bois

Élance dans l'azur sa cime aérienne.

Ami cher, si le dieu qui confond l'ignorance,

Phébus qui m'a nourri dès la première enfance,

M'a bien prophétisé que c'est du labeur tien

Que Permesse courra sur les françaises rives,

Et si tu es toujours amoureux du lien

Que forme le laurier avec ses tresses vives,

La sainte Poésie, et de jour et de nuit.

Soit en toi comme un feu qui dans un chaume bruit.

De l'aveugle qui dit le courage homicide

De ce divin guerrier, fils de la Néréide,

Du vieillard de Téos et du thébain Pindare,

De ce magicien que Mantoue a vu naître,

De ce Toscan pensif qui au fond du Tartare

Suivit encor' vivant la trace de son maître,

De Ronsard qui Vendôme et la France décore,De Ronsard qui Vendôme et la France décore,

De ce Sophocle, honneur de la Ferté-Milon,

De celui, bien appris, qui dedans la ChampagneDe celui, bien appris, qui dedans la Champagne

Tira Pinde, Dodone et le sacré vallon,

Et du charmant Chénier dont deux fois je m'honore

Nouveau Mercure, ayant pour ta verge brillante

Un plectre harmonieux, assemble et guide encore

Les substances qui sont sur la Lyre volantes.