A Meaux, en Brie

By Théodore Banville

Written 1871-01-01 - 1871-01-01

Avec ses cohortes guerrières

Ayant traversé les hameaux,

Après avoir quitté Ferrières,

Le bon roi Guillaume est à Meaux.

Comme il chemine vers les banques,

Dans le but de les prendre en flanc,

Sur la place, des saltimbanques

Regardent le monarque blanc.

Ces gais comédiens en fête,

Ces Rachels et ces Frédéricks

De rencontre, dont la tempête

A léché les pâles carricks,

C'est Atala, c'est Zéphirine,

Fleur que Sosthènes invoquait,

Et Gringalet, que tout chagrine,

Et leur maître à tous, Bilboquet.

Or, dans la ville de province

Toute noire de Bavarois,

Ils se dévisagent, le prince

Des bouffons et le roi des rois.

Tous deux sont grands et font campagne.

Si Guillaume, le pourfendeur,

A la fureur de Charlemagne,

Bilboquet en a la splendeur.

Car sur son dos le carrick flotte ;

Et, flamboyant devant ses pas,

Comme il s'en fit une culotte,

La pourpre ne l'étonne pas.

Le grand saltimbanque fantasque

Voit l'aigle de cuivre écrasé

Sur le cuir miroitant du casque

Dont se coiffe le roi rusé ;

Alors, ôtant son feutre glabre,

Que chaque ouragan bossuait,

Et qui fut fait à coups de sabre,

Il dit ces mots : O Bossuet !

Chacun à sa manière dîne.

Qu'un aiglon soit un bon régal

Étant mis à la crapaudine,

Je le veux bien. Mais c'est égal,

J'admire, en riant comme un faune

En ce monde rempli de maux,

Qu'un tel oiseau de cuivre jaune

Soit aujourd'hui… l'aigle de Meaux !