À mon démon familier

By Renée Vivien

Written 1910-01-01 - 1910-01-01

Toi qui hantes mes nuits cruelles, ô Démon !

Qui vient ouvrir sur moi tes prunelles hagardes

Et qui te tiens debout dans la chambre et regardes,

Emporte-moi sur tes ailes de goëmon !

Tu règnes sur mon cœur implacable et suprême !

Que le vent de la mer nous emporte tous deux

Dans le divin mépris des courants hasardeux,

Ô toi que je redoute et cherche, ô Toi que j’aime !…

Les peuples sont petits et laids. Allons loin d’eux,

De leurs propos mesquins, de leurs cœurs infidèles.

Envolons-nous au bruit puissant des larges ailes

Que tu sais déployer dans le vent orageux !

Malgré le temps mauvais, debout dans la défaite,

Me voici faisant face à l’orage, à la mer…

Ô mon Démon, accours à ma voix, comme hier,

Et reconnais en moi ton Maître, le Poète !…