À monsieur et madame tarlé

By Paul Verlaine

Written 1895-01-01 - 1895-01-01

La Mort qui nous possède et nous tient sous sa peur

Mais dont l'horreur nous est tellement coutumière

Que nous n'y pensons pas ou, lors, n'y pensons guère,

Sans quoi tous sécheraient, sur-le-champ, de stupeur,

À moins d'être les saints d'un temps pire ou meilleur

Qui dans elle voyait la bonne avant-courrière,

La Mort prend mille aspects cruels, et dans sa guerre

Implacable, a le geste effroyable ou railleur.

Mais l'atroce, c'est quand une famille unie,

Belle, se trouve encore embellie et bénie

D'un frais enfant, fleur de printemps éclose dans

Les soucis, désormais ! consolés de l'automne,

Et que l'autre, avec son hideux rictus atone,

Vient désoler l'automne et tuer le printemps.