À ol.

By Victor Hugo

Written 1893-01-01 - 1893-01-01

Oh dis ! pourquoi toujours regarder sous la terre,

Interroger la tombe et chercher dans la nuit ?

Et toujours écouter, penché sur une pierre,

Comme espérant un bruit ?

T'imagines-tu donc qué ceux que nous pleurâmes

Sont là couchés sous l'herbe attentifs à nos pas ?

Crois-tu donc que c'est là qu'on retrouve les âmes ?

Songeur, ne sais-tu pas

Que Dieu n'a pas voulu, lui qui règne et dispose,

Que la flamme restât quand s'éteint le flambeau,

Et que l'homme jamais pût mettre quelque chose,

Hélas ! dans le tombeau !

Ne sais-tu pas que, l'âme une fois délivrée,

Les fosses, dévorant les morts qu'on enfouit,

Se remplissent d'une ombre effrayante et sacrée

Où tout s'évanouit !

Tu te courbes en vain, dans ta douleur amère,

Sur le sépulcre noir plein des jours révolus,

Redemandant ta fille, et ton père, et ta mère,

Et ceux qui ne sont plus !

Tu te courbes en vain. Ainsi que sous la vague

Un plongeur se fatigue à chercher des trésors,

Tu tâches d'entrevoir quelque figure vague

De ce que font les morts.

Rien ne brille pour toi, sombre tête baissée ;

La tombe est morne, et close au regard curieux ;

Tu n'as plus un rayon qui luise en ta pensée.

Songeur, lève les yeux !

Lève les yeux ! renonce à sonder : la poussière ;

Fais envoler ton âme en ce firmament bleu,

Regarde dans l'azur, cherche dans la lumière,

Et surtout crois en Dieu !

Crois en celui dont tout répète les louanges !

Crois en l'éternité qui nous ouvre les bras !

Appelle le Seigneur, demande-lui tes anges,

Et tu les reverras !

Oui, même dès ce monde où pleure ta misère,

En élevant toujours ton cœur rempli d'espoir,

Sans t'en aller d'ici ; sans qu'il soit Nécessaire

De mourir pour les voir,

Parce qu'en méditant la l'Or s'accroît sans cesse,

Parce qu'à l'œil croyant le ciel s'ouvre éclairci,

Un jour tu t'écrieras tout à coup, plein d'ivresse

O mon Dieu ! les voici !

Et tu retrouveras, ô pauvre âme ravie !

Une ombre du bonheur de ton passé joyeux

Dans ces fantômes chers, qui charmèrent ta vie

Et qui sont dans les cieux !

Comme à l'heure où la plaine au loin se décolore,

Quand le soir assombrit le jour pâle et décru,

Là-haut, dans la nuée, on peut revoir encore

Le soleil disparu.