A quelqu'une
Written 1901-01-01 - 1901-01-01
Si vous aimez encore une petite âme
Que vous avez eue en mains au temps passé,
Qui n'était alors qu'une embryon de femme
Mais dont le regard était déjà lassé,
Si vous aimez encore une petite âme,
Laissez-la quelquefois revenir encor
A vous, que charmaient ses yeux mélancoliques.
Vous vouliez, songeant déjà sa bonne mort
La refaçonner dans vos doigts catholiques,
Laissez-là quelquefois revenir encor.
Elle n'est pas devenue une chrétienne,
Elle est même à présent, comme qui dirait,
Sans foi, ni loi, ni joie, une âme païenne
Des temps de décadence où tout s'effondrait.
Elle n'est pas devenue une chrétienne.
Sa fantaisie a la bride sur le cou.
C'est un bel hippogriffe qu'elle chevauche,
Qui de terre en ciel la promène partout
Sans plus s'arrêter au bien qu'à la débauche.
Sa fantaisie a la bride sur le cou.
Elle a l'œil triste et la bouche taciturne
Et quoique parfois ses essors soient très beaux,
Comme elle a bu le temps présent à pleine urne,
Elle se meurt de spleen, lambeaux par lambeaux.
Elle a l'œil triste et la bouche taciturne.
Son dos jeune a le poids du siècle à porter
Comme une mauvaise croix, sans cœur d'apôtre
Et sans assomption future à monter.
Voilà ce qu'elle est devenue et rien d'autre.
Son dos jeune a le poids du siècle à porter.
Mais le souvenir parmi d'autres lui reste
De vos mains qui la soignaient comme une fleur ;
Et si vous vouliez lui rendre votre geste,
Elle pleurerait son mal sur votre cœur,
Car le souvenir parmi d'autres lui reste.
Lassez-la quelquefois revenir encor
A vous que charmaient ses yeux mélancoliques.
Vous vouliez, songeant déjà sa bonne mort
La refaçonner dans vos doigts catholiques,
Laissez-la quelquefois revenir encor.