A sa majesté guillaume

By Ali-Joseph-Augustin Vial De Sabligny

Written 1871-01-01 - 1871-01-01

De tes iniquités, si nombreuses pourtant,

La liste, à ton avis, ne saurait être close ;

Non, tout cela n'est rien, et tu n'es pas content,

Tu prétends à ta gloire ajouter quelque chose.

Pendant l'obscurité tu bombardes Paris,

De malheureux enfants, des femmes sans défense

Tombent sous les obus, tandis que toi, tu ris

Sans voir combien pour toi la haine marche en France.

C'est en lettres de sang que l'histoire inscrira,

Guillaume, tes hauts faits au livre des batailles,

Et devant ces récits l'Univers frémira

Indigné, révolté, jusque dans ses entrailles.

Quel esprit infernal te souffle tant d'orgueil

Et te pousse à plaisir dans de folles conquêtes ;

Si la France est en pleurs, l'Allemagne est en deuil,

Si Paris souffre, hélas ! Berlin est-il en fêtes ?

Tu veux être un César, tu seras un Néron,

Et l'empereur romain sortirait de sa tombe

Que devant toi, peut-être, il courberait le front !…

Mais songe aussi comment un despote succombe.

Au milieu des vapeurs d'un trop prodigue encens,

Guillaume, crains de voir se dresser la justice !

Redoute de sa voix les éclats menaçants,

Roi, prends garde son bras, qu'il ne l'anéantisse.

Soixante-treize hivers ont blanchi tes cheveux.

Soixante-treize hivers ont ridé ton visage,

Et tu peux contempler le tableau douloureux

De mères, d'orphelins victimes de ta rage.

Ne crains-tu pas, dis-moi, sanglante majesté,

En vidant à longs traits ta coupe de Bohème,

Ne crains-tu pas, dis-moi, pour la réalité,

D'avoir pris aujourd'hui, la chimère elle-même.

Un jour, tu verras clair, mais il sera trop tard,

Si des illusions le bandeau se détache,

Devant notre drapeau ; devant notre étendard,

Alors, il te faudra rabaisser ta moustache.

On ne nous forge pas des entraves en vain,

Tu te moques du flot, mais le flot peut t'atteindre,

Il grossit en silence, et cet horrible bain

Du sang de tes soldats, s'il venait à se teindre ?

Un tigre, sais-tu bien, est moins cruel que toi ?

Qui donc, à pareil prix, t'envîrait ta couronne

Et se revêtirait de ton manteau de roi ?

Non, non, pour l'accepter il n'existe personne.

Il est si beau pourtant de régner par la paix,

D'être un monarque aimé, de répandre la joie,

De faire autant d'heureux que l'on a de sujets…

Mais en toi Dieu n'a mis qu'un cœur d'oiseau de proie !